L'art Thérapie
- Yasmine El Arrasse

- 28 juin 2017
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 oct. 2022
De nos projets respectifs est venu un thème commun ; bien que les deux artistes présentés soient très différents, il se rejoigne sur un point : l'art est leur thérapie.
Au cours des dernières décennies, la définition d'Art a souvent été remise en questions par les mouvements d'avant-garde , renversant les définitions classiques de l'art, mais il apparaît que l'art peut avoir un effet thérapeutique pour certains artistes.
Les projets des deux artistes présentés illustrent cet effet salvateur et bonifiant. En effet, en plus d'être une démarche esthétique, technique, voir parfois politique, l'Art a aussi un aspect thérapeutique.
Bien que la thérapie soit très différente dans les deux cas, Yayoi Kusama et Georges Rili en sont des exemples :
Yayoi Kusama
Yayoi Kusama, actuellement dans un hôpital psychiatrique au Japon est atteinte d'une névrose obsessionnelle. Cela s'explique pas son enfance difficile et l'étouffement de sa voix artistique par ses parents (pour plus d'informations cliquez ici). "Because my mother was so vehemently against my becoming an artist, I became emotionally unstable and suffered a nervous breakdown. It was around this time, or in my later teens, that I began to receive psychiatric treatment. By translating hallucinations and fear of hallucinations into paintings, I have been trying to cure my disease." Elle nous raconte ici que l'art lui avait tout d'avoir été préscrit par son médecin suite à ses états dépressifs et ses hallucinations. Atteinte d'hallucinations qui apparaissent à n'importe quel moment sous forme d'images qui se répètent indéfiniment sur tout autour d'elle.
Ses oeuvres sont la matérialisation de ses hallucinations. En écrivant, peignant, sculptant, Yayoi Kusama se libère de ses hallucinations, elle trouve un moyen de s'occuper l'esprit, mais surtout de trouver une sorte de paix intérieure. En effet, les personnes atteintes de névrose obsessionnelle vivent dans une peur constante du monde autour d'eux. Kusama a souvent témoigné de sa peur de l'homme, du monde et même de son art. Les pensées de Kusama sont souvent sombres comme elle en témoigne dans un entretien "When I am not working, my thoughts can turn very dark.". On peut voir cette peur à travers certaines de ses oeuvres comme Who Sing In Celebration Of Humanity 2009 où les couleurs et les formes sont plus dures et violentes à l'œil, mais aussi comme Phallic Boat où elle extériorise sa peur de l'homme à travers des formes phalliques. Cette peur est surtout issue du comportement volage de son père. Ainsi l'art l'aide à affronter ses propres peurs.
De plus, l'art pour elle est un moyen de s'émanciper de ses hallucinations en créant des oeuvres de toutes les formes avec cet élément constant : les pois. Cette constante est la représentation de ses hallucinations dans son art très atypique. Les citrouilles par exemple sont une forme qui ressort très souvent dans ses oeuvres. Elle a expliqué dans un entretien qu'elle aime travailler avec la citrouille car elle trouve que c'est un légume qui la fait rire, qu'elle trouve drôle. Ainsi, elle donne une explication à la forme de son oeuvre, mais pas au motif utilisé, ce dernier vient à elle par ses hallucinations.
Dans son besoin de se perdre dans l'art Kusama avait peint une série de tableaux utilisant des sortes de filets en noir sur un fond blanc comme dans les Infinity Nets. Pour elle ces oeuvres-là sont positives, elles représentent sont bien-être. Cette sérénité est trouvée dans la notion d'infini. Elle est issue d'une image lors de ses jours au Japon lorsque ses tableaux s'accumulaient par centaine dans son atelier, une image d'infini se crée. Ainsi, en voulant recréer et partager ce sentiment apaisant qu'elle avait en observant cet étalage elle se donna pour objectif de créer une oeuvre infini. C'est donc les mirrors rooms qui ont émergé de cette détermination (cliquez ici).
Cependant, Kusama est une personne totalement consciente du monde autours d'elle et de sa maladie. Bien qu'elle se soigne à travers son art, elle peint aussi lorsqu'elle n'est pas en état d'hallucination. De plus, elle est consciente de l'image d'elle même en tant qu'artiste qu'elle désire donner au monde, en réalisant des happenings engagés, en faisant des collaborations dans le monde de la mode comme avec Louis Vuitton ou Bloomingdales, en organisation des expositions atypiques et uniques en leur genre.
Georges Rili
A l'inverse, Georges Rili est un artiste bien conscient du monde qui l'entoure, qui va utilisé son art pour (entre autre) traverser des moments difficiles de sa vie.
En effet, plusieurs drames familiaux vont beaucoup l'affecter et l'art est pour lui un refuge, où il est coupé du temps, dans lequel il peut s'exprimer et se libérer de ses souffrances. C'est un lieu où il cherche à atteindre un absolu, un équilibre à travers son travail. Sa vie devient source d'inspiration de ses œuvres, bien que cela ne soit pas nécessairement prémédité. Il se livre donc à travers certaines œuvres très intimistes, qui nous plonge dans son monde.
De par l'expression de ses sentiments mélancoliques (générés par des moment très durs sentimentalement parlant), cela donne souvent lieu à des œuvres relativement sombres, mais chaque projet se distingue des autres, reflétant l'évolution des ressentis de l'artiste. En effet, ses Structures sont très obscures, et profondes, et leur forme carrée et fermée dévoilent son traumatisme suite au suicide d'un proche ; tandis que les tableaux de son exposition Pier Paolo-Pier Paolo, sont plus figuratifs et moins ténébreux, offrant des œuvres parsemées de teintes de couleurs (rouge pas exemple) ternes, laissant entrevoir un temps de paix après une période difficile. Enfin ses Mélancolies sont réalisées sur cartons, sur des fonds grisâtres qui tendent au blanc, mettant en exergue l'équilibre personnel et la paix intérieure (par l'équilibre dans lequel se trouvent les polyèdres)
que peut lui apporter l'art face aux épreuves de la vie.

"Mélancolie" selon Rili
L'Art devient chez lui moyen de thérapie par la liberté d'expression qui lui est offert, lui permettant, de par un travail solitaire, de fuir le rythme de la société actuelle et ses dogmes afin de créer tout en exprimant parfois ses sentiments. Ce processus lui permet alors de surmonter ses souffrances et traumatismes en se livrant à son oeuvre et dans son oeuvre.






























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